Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux

En mars 2005, pour son premier anniversaire, l’ACA, l’Amicale des Cinéphiles Amoureux de Liège avait accueilli à la salle de l’An Vert le cinéaste Benoît Dervaux pour montrer son deuxième film, La devinière (2000). « La devinière » est d’abord une institution psychiatrique du côté de Charleroi qui héberge depuis 1976 des fous rejetés d’autres institutions et risquant avant tout cellule et camisole chimique. « La devinière » a d’emblée basé son existence sur la possibilité d’offrir un espace de vie et laisser à ses habitants la latitude suffisante pour se sentir chez soi. Equilibre fragile que le film de Dervaux montre tout en étant lui-même, débarqué là-bas, un étranger devant trouver sa place dans le rythme plus général de l’ensemble. La devinière, donc, est le résultat de cette lente rencontre et de la volonté d’être avec ces gens.

Nous avions un enregistreur son le soir de la projection pour capter ce qui reste une magnifique discussion collective avec le film et son auteur, débordant finalement son sujet de départ pour parler du désir de faire du cinéma aujourd’hui, de la télévision et de la montée sauvage de nouvelles façons de montrer des films, dont l’ACA est bien sûr un exemple à Liège.

Nous avons choisi de publier de larges échanges de cette soirée de mars 2005, trouvant là l’occasion de débuter notre envie de paroles approfondies même si le canevas de départ – aller chercher des gens et des pratiques extérieurs au cinéma mais qui le rencontrent ou le réfléchissent – n’est pas respecté. C’est qu’il faut bien partir de quelque part, c’est-à-dire de là où nous sommes, avec l’inévitable évidence d’être en terrain plus connu.

Manière de redire aussi notre admiration pour le travail de Benoît Dervaux, cinéaste qui avait déjà inauguré avec nous Regards documentaires, ciné-club mensuel à l’Aquilone de Liège qui a aujourd’hui laissé la place à « Images sauvages ». C’était alors Gigi, Monica et… Bianca, son tout premier film. Bonne lecture.

Grand merci à Karim, Pierre, Gaël, Frédéric et Frédéric, ceux de l’ACA à l’époque

Liens

Le site de l’Amicale des Cinéphiles Amoureux
Travail photographique de Fanette Bruel sur « La devinière »

Articles de cette rubrique

  • 13 - Benoît Dervaux : continuer à inventer son rapport au cinéma

    Le 16 août 2008 par Des Images
    Tu peux faire confiance à un gamin, il peut voir un film… si tu peux aussi lui apprendre le sens de l’image. Il peut aussi découvrir par lui-même, mais si ce travail n’est pas fait… C’est ce que tu disais tout à l’heure, quand tu étais adolescente, tu n’étais même pas capable d’imaginer qu’un tel truc pouvait exister. Sauf qu’un jour, tu l’as découvert. Je pense qu’il faut faire découvrir aussi. Je ne sais pas comment, mais…

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  • 12 - Benoît Dervaux : optimisme et pessimisme de la production cinématographique

    Le 16 août 2008 par Des Images
    Il y a vraiment un cinéma à deux vitesses qui s’installe, avec de moins en moins de chance pour les tous petits films distribués, parce qu’ils ne tiennent pas la route au niveau de la distribution. Financièrement. Parce qu’un exploitant doit aussi s’y retrouver financièrement, sinon lui, il coule.

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  • 11 - Benoît Dervaux : la voix off de l’étalonneur

    Le 16 août 2008 par Des Images
    C’était extrêmement perturbant parce que plus le film avançait, plus il devenait volubile… C’était un gars qui avait été hospitalisé dans la douleur, face à sa famille d’abord puis avec la psychiatrie. Je suis resté ainsi pendant toute la projection à essayer de garder mon sang-froid. Finalement, en rentrant de Bruxelles, je me suis dit : « Mais oui, en fait, le gars, il a fait la voix off, il a fait la voix off du film. » (...)

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  • 10 - Benoît Dervaux : envie d’être filmeur

    Le 12 août 2008 par Des Images
    Non, c’est-à-dire que quand on est filmeur comme ça et que l’on perd son temps pour parfois gagner à filmer certaines choses, il n’y a pas d’enjeu. On n’a rien à gagner, on n’a rien à perdre. On est là, on filme ou on ne filme pas. Sauf que quand on a comme ça un projet en ligne de mire, qu’il y a des chaînes derrière, bon ben il y a quand même un truc à faire. En espérant qu’il ne soit pas raté (...)

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  • 09 - Benoît Dervaux : un rapport ambivalent à la télévision

    Le 12 août 2008 par Des Images
    « Ah, Loft Story. Tu ne connais pas Loft Story ? » « Ben non. » Le soir, on a regardé ce truc dans notre chambre d’hôtel. Je me souviens très bien avoir dit : « Là, les gars, c’est terminé. On tourne une page ! » C’était tellement génial de perversité, de tout ce qu’on veut, ils volaient l’audience à tout le monde, M6, avec cette émission, donc les parts de marché publicitaire… Ils étaient en train de bousculer complètement le paysage audiovisuel. (...)

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  • 08 - Benoît Dervaux : filmer ce qui se passe au sein de l’institution

    Le 10 juillet 2008 par Des Images
    Quand la matière de quinze heures s’est réduite à presque deux heures, tu n’as pas encore forcément une structure, enfin selon ma méthode. Parce qu’il y a plein de méthodes différentes, et chaque film est un cas d’école. Je travaille par décoction des séquences. Quand il y a des séquences, je les agence en structures. Et alors à ce moment-là, on fait un plan avec la monteuse, et puis elle monte le film en structures. Elle en fait des différentes et quand c’est prêt, je viens voir. On en discute. Elle retravaille toute seule.

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  • 07 - Benoît Dervaux : faire réduire la matière du film à feu doux

    Le 10 juillet 2008 par Des Images
    C’est une matière… Je ne sais pas… Le lait c’est une matière, on en fait du fromage. Le raisin, on en fait du vin. On va chercher l’arôme. Le thé c’est pareil. Moi je pars de ce principe-là. J’aime bien cette image. Nous avons fait un film de 2 heures qui était une première décoction de ces quinze heures et qui n’avait plus rien à voir avec la sélection d’images qu’Arte avait vu. Cela a été le clash parce qu’ils ne voyaient plus du tout le même film. Après trois ou quatre visions, ils ont enfin vu… Il fallait qu’ils fassent le trajet que j’avais fait au préalable, avec moi.

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  • 06 - Benoît Dervaux : filmer ce qui est en train de se passer

    Le 16 juin 2008 par Des Images
    Moi j’ai vu Jean-Claude, dans la matière des 50 heures, comme un passeur. C’est-à-dire qu’à « La devinière », je pense que c’est lui qui souffre le plus, parce qu’il n’est nulle part. Il est un peu dans la normalité, il est un peu dans la folie. Il le dit lui-même : « Je suis tordu un peu ». Pour moi, c’était le passeur, celui qui permet de faire le pont entre ce lieu et nous, les spectateurs. D’ailleurs, il parle du pont : un paysage qui est traversé par une vallée et ses deux versants. Un pont les relie. C’est une allégorie pour moi. Quand j’ai tourné ça, j’étais dans la voiture, au fond de la voiture, et je me suis dit : « C’est formidable, ça, par exemple… ».

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  • 05 - Benoît Dervaux : approcher le personnage

    Le 16 juin 2008 par Des Images
    C’est quelque chose que j’avais déjà aperçu à l’époque de Strip-tease, beaucoup de gens ont une certaine image honteuse d’eux-mêmes et ils jouent sur cette image-là. Ils renvoient à celui qui filme une image d’eux qui est une image honteuse. Tout l’inverse de ce que je voulais faire. Je voulais arrêter de filmer donc et Michel me dit : « Attends. Ca va peut-être aller. » Soudain, sans réfléchir, je me suis vraiment rapproché. J’étais à moins d’un mètre de Jean-Claude et de sa maman. Tout s’est fait comme ça, en me rapprochant. Quand l’on est comme ça avec une caméra, on n’est pas dans sa réalité. Chez soi, avec ses disques, ses livres ou avec nos enfants, l’on est dans quelque chose de connu, de sécurisant.

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  • 04 - Benoît Dervaux : le principe de « La devinière »

    Le 17 avril 2008 par Des Images
    Le principe était : « Voilà, tu as ta folie. Tu as tes symptômes. On ne fait pas attention aux symptômes. Tu cries ? tu cries. Moi, ce langage-là ne m’intéresse pas… Si tu veux créer un autre langage, prends le temps nécessaire. Si tu ne veux pas, ne le fais pas. Mais ça ne m’intéresse pas. Tu peux crier, vivre ta folie comme tu veux : tu es libre. » C’est éprouvant les cris.

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  • 03 - Benoît Dervaux : sortir du champ de la caméra

    Le 17 avril 2008 par Des Images
    Dès le départ, la caméra faisait partie intégrante du lieu, élément pouvant reconstruire une mémoire. Parce que quand on a 15 ans et que l’on a déjà fait 20 établissements, on n’a plus de mémoire. Dans la mesure où ce lieu devient petit à petit le leur, une mémoire doit pouvoir s’y élaborer. Ainsi se succèdent les fêtes : Noël, Pâques, Saint-Nicolas,… Ce sont des évènements réglés par le calendrier qui contribuent à reconstruire une histoire. Donc la caméra n’a jamais posé aucun problème. C’est la façon dont on filme qui a pu poser problème.

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  • 02 - Benoît Dervaux : montrer sans l’aide du commentaire

    Le 22 mars 2008 par Des Images
    Mon petit pari était plutôt de faire un film sur un sujet assez délicat, sans commentaire, sans avoir recours à l’explication sur la maladie mentale. On pourrait faire un autre film avec le personnel. Il pourrait être magnifique mais mon envie était de servir de porte-voix à ces gens, de la façon la plus effacée possible. Même si, quand on fait un film d’auteur, on parle un peu de soi. J’ai campé ce côté-là et non celui des thérapeutes, qui n’habitent pas là et sont des électrons libres par rapport au lieu.

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  • 01 - Benoît Dervaux : arriver à « La devinière »

    Le 21 mars 2008 par Des Images
    Au préalable, j’avais fait un film comme assistant pour Manu Bonmariage dans un hôpital psychiatrique à Dave, où là c’est vraiment l’hôpital tel qu’on l’imagine : grands corridors, fous qui se balancent dans des rocking-chairs… Quand je suis arrivé à « La devinière », ils m’ont pris par la main : « Viens, on va te montrer nos peintures, viens… ». Et là j’ai ressenti une formidable impulsion. Je me suis dit : « Ici, il faut faire un film. Je ne sais pas encore lequel mais il faut le faire ».

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